Le radon et la santé : ce que le risque veut dire vraiment
Vous venez de recevoir un chiffre et vous avez peur. C'est la réaction normale, et c'est aussi le moment où l'on prend de mauvaises décisions. Voici la proportion exacte du risque — ni minimisée, ni gonflée.
Le chiffre officiel
Santé Canada établit que l'exposition au radon cause 3 200 décès par année au Canada par cancer du poumon. Le ministère place ce nombre en regard d'autres causes de décès :
Décès annuels au Canada. Le radon en cause davantage que les trois autres réunis — 3 200 contre 2 307. Source : Santé Canada.
C'est la première cause de cancer du poumon chez les non-fumeurs au Canada, et la deuxième toutes populations confondues, après le tabagisme.
Ce que « 3 200 décès » veut dire pour vous
Rien de direct, et c'est important de le dire clairement. Un chiffre de population ne se transpose pas à un individu.
Ce que la science établit, c'est une relation entre une dose cumulée et une probabilité. Plus la concentration est élevée, plus l'exposition dure, plus la probabilité monte. Il n'existe pas de seuil en dessous duquel le risque serait strictement nul — mais il n'existe pas non plus de niveau au-dessus duquel la maladie serait certaine.
Pour un non-fumeur exposé toute sa vie à 200 Bq/m³, Santé Canada estime le risque de développer un cancer du poumon à environ 2 %. Autrement dit : sur cent personnes dans cette situation, environ deux développeront un cancer du poumon attribuable au radon, et quatre-vingt-dix-huit n'en développeront pas.
Ce n'est ni négligeable, ni une condamnation. C'est un risque qui vaut quelques centaines de dollars de travaux pour être largement éliminé.
Trois choses qui pèsent plus que votre chiffre
1. Est-ce que quelqu'un fume dans la maison
C'est le facteur qui change le plus l'équation, et de loin. Le risque du radon et celui du tabac ne s'additionnent pas : ils se multiplient.
La fumée donne aux produits de désintégration du radon des particules auxquelles s'accrocher, et elle détruit les cils qui nettoient normalement les voies respiratoires. Résultat : plus de particules radioactives inhalées, gardées plus longtemps, dans un tissu qui répare moins bien.
Un même résultat de 150 Bq/m³ n'a pas la même portée dans un foyer où l'on fume et dans un foyer où l'on ne fume pas. L'explication complète du mécanisme →
2. Combien d'heures par jour vous passez en bas
Le risque dépend de la dose cumulée, donc du temps. Un sous-sol de rangement visité dix minutes par semaine et une chambre occupée dix heures par nuit, au même taux, ne représentent pas la même exposition.
C'est pourquoi une chambre d'enfant au sous-sol change complètement la lecture d'un résultat. Un enfant qui dort est la personne de la maison qui passe le plus de temps immobile au même endroit.
3. Depuis combien d'années
Une exposition de trois ans et une exposition de trente ans ne se comparent pas. Si vous venez d'emménager, votre dose cumulée est faible quel que soit le taux actuel — et corriger maintenant élimine l'essentiel du risque à venir.
Si vous vivez là depuis vingt ans, la dose passée est acquise : on ne peut rien y changer. Mais elle ne dicte pas les vingt prochaines années, et c'est sur celles-là que vous avez encore la main.
Ce que le radon ne cause pas
Il circule beaucoup d'affirmations sur le sujet, souvent de bonne foi. Voici ce que la science n'établit pas.
- Aucun symptôme à court terme. Le radon ne cause ni maux de tête, ni fatigue, ni nausées, ni irritation des yeux ou de la gorge. Si vous ressentez ces symptômes chez vous, cherchez ailleurs — moisissures, monoxyde de carbone, composés organiques volatils, ventilation insuffisante. Un détecteur de monoxyde de carbone est d'ailleurs un achat autrement plus urgent si vous n'en avez pas.
- Aucun lien établi avec d'autres cancers. Les études ont cherché. Le lien solide et reconnu concerne le poumon.
- Aucun effet sur les animaux domestiques qui soit documenté au point d'en faire une recommandation.
- Aucune contamination des objets, des meubles ou des vêtements. Le radon est un gaz qui se dilue ; il ne s'accumule pas dans les matériaux et ne « reste » pas dans une maison après correction.
Situez votre propre résultat
Combien avez-vous de radon chez vous ?
Entrez le chiffre de votre test, ou faites glisser la barre. On vous dit tout de suite où vous vous situez et quoi faire.
Ce qu'il faut retenir
Le radon est un risque réel, documenté, et responsable de plus de décès au Canada que les accidents de la route. Il mérite qu'on le mesure et qu'on le corrige.
C'est aussi un risque lent, probabiliste et entièrement évitable. Un système d'atténuation s'installe en une journée et fait généralement chuter le taux de 80 à 95 %. Peu de risques de santé se règlent aussi complètement, pour aussi peu.
Si vous êtes arrivé ici en panique, la bonne nouvelle est celle-là : vous avez le temps de bien faire, et ce que vous ferez fonctionnera.
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