Le radon, c'est quoi au juste ?
Invisible, inodore, sans goût. Il vient de la roche sous vos pieds et il entre par le bas. Voici le mécanisme, expliqué sans jargon.
Le radon est un gaz. Il n’a ni couleur, ni odeur, ni goût, et aucun de vos sens ne peut le détecter, même à des concentrations très élevées. C’est la première chose à comprendre : personne n’a jamais « senti » qu’il y avait du radon chez lui.
D’où il vient
Le sol de la planète contient de l’uranium. Pas en quantité spectaculaire, mais partout, en traces, dans à peu près toutes les roches. Cet uranium est instable : il se désintègre lentement, sur des milliards d’années, en passant par une série d’éléments intermédiaires.
Le radon est l’un de ces intermédiaires. Il apparaît quand le radium — lui-même issu de l’uranium — se désintègre à son tour. Et il a une particularité qui change tout : c’est un gaz, alors que tous les éléments avant lui dans la chaîne sont des solides.
Un solide reste coincé dans la roche. Un gaz, lui, circule. Il remonte à travers les fissures, les pores du sol, les couches perméables. Une partie se perd dans l’atmosphère, où elle se dilue à des concentrations inoffensives. Une autre partie trouve un chemin vers l’intérieur d’un bâtiment.
Pourquoi il entre dans les maisons
Une maison chauffée est légèrement en dépression par rapport au sol. L’air chaud monte et s’échappe par le haut — toiture, cheminée, ventilation — et l’air qui le remplace doit bien venir de quelque part. Une partie vient du sol.
C’est ce qu’on appelle l’effet de cheminée, et c’est le moteur principal de l’entrée du radon. Votre maison aspire littéralement l’air du sol sous elle.
Les points d’entrée sont toujours les mêmes :
- les fissures dans la dalle de béton ;
- le joint entre la dalle et les murs de fondation ;
- le puisard, souvent le plus gros contributeur à lui seul ;
- les passages de tuyauterie et de conduits électriques ;
- les planchers de terre battue dans les vides sanitaires ;
- les murs de fondation en blocs creux, qui sont poreux par construction.
Cela explique pourquoi le taux est presque toujours plus élevé au sous-sol qu’à l’étage : c’est là que le gaz entre, et c’est là qu’il s’accumule avant de se diluer en montant.
Pourquoi l’hiver change tout
Au Québec, l’écart entre l’été et l’hiver est considérable.
L’été, les fenêtres sont ouvertes, l’écart de température entre l’intérieur et l’extérieur est faible, l’effet de cheminée est minime. Le gaz qui entre se dilue rapidement.
L’hiver, c’est l’inverse : la maison est fermée, l’écart de température est maximal, l’aspiration est forte, et le sol gelé en surface empêche le gaz de s’échapper vers l’atmosphère — il cherche donc le chemin le plus facile, qui passe souvent par votre dalle.
Un test effectué en juillet peut sous-estimer de beaucoup le taux réel auquel votre famille est exposée en janvier. C’est pour ça que toute mesure sérieuse se fait pendant la saison de chauffage.
Pourquoi c’est un problème de santé
Le radon lui-même n’est pas le danger principal. Le problème vient de ce en quoi il se transforme.
En se désintégrant, le radon produit à son tour des éléments solides — polonium, plomb, bismuth — eux-mêmes radioactifs. Ces particules microscopiques flottent dans l’air, se collent aux poussières, et se déposent dans les poumons quand on respire.
Une fois là, elles continuent de se désintégrer. Elles émettent des particules alpha, qui n’ont aucun pouvoir de pénétration — une feuille de papier les arrête — mais qui sont extrêmement destructrices sur une distance très courte. Dans un poumon, cette distance très courte correspond exactement aux cellules des voies respiratoires.
Le dommage est local, cumulatif, et il se construit sur des années.
L’ampleur du risque
Santé Canada établit que le radon est la première cause de cancer du poumon chez les non-fumeurs au Canada, et la deuxième toutes populations confondues, après le tabagisme. Environ 16 % des cancers du poumon au pays y sont attribués, ce qui représente autour de 3 200 décès par année.
Pour un non-fumeur exposé toute sa vie à 200 Bq/m³, Santé Canada estime le risque de développer un cancer du poumon à environ 2 %.
Ces chiffres méritent deux précisions qu’on lit rarement.
Le risque est statistique, pas individuel. Personne ne peut vous dire ce qui vous arrivera. On peut seulement dire ce qui arrive, en moyenne, à une population exposée.
Il n’y a pas d’urgence immédiate. Un taux élevé ne rend personne malade cette semaine, ni ce mois-ci. C’est une exposition de décennies qui compte. Ça veut dire qu’il n’y a aucune raison de paniquer — et aucune raison non plus de reporter indéfiniment.
Comment on le mesure
En becquerels par mètre cube, écrit Bq/m³. Un becquerel, c’est une désintégration par seconde. Un résultat de 200 Bq/m³ signifie que dans chaque mètre cube d’air, 200 atomes de radon se désintègrent à chaque seconde.
Deux repères circulent au Québec : 200 Bq/m³ pour Santé Canada et 100 Bq/m³ pour l’Organisation mondiale de la Santé. Ils ne répondent pas à la même question, et nous expliquons l’écart en détail.
Ce qu’il faut retenir
Le radon vient du sol, entre par le bas, s’accumule l’hiver, et ne se détecte qu’en mesurant. Il n’y a pas de maison « à risque » reconnaissable à l’œil : l’âge, le prix et l’apparence ne disent rien. Deux maisons voisines peuvent afficher des résultats complètement différents.
C’est ce qui rend le sujet frustrant, et c’est aussi ce qui le rend simple : un test de trois mois règle la question une fois pour toutes.
- 1 Fissures de retrait dans la dalle de béton
- 2 Joint entre la dalle et le mur de fondation
- 3 Puisard — souvent le plus gros contributeur
- 4 Passages de tuyauterie et conduits électriques
- 5 Murs en blocs creux, poreux par construction
- 6 Plancher de terre battue d'un vide sanitaire
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